En juillet 1993, à la suite de l’assassinat de l’écrivain algérien Tahar Djaout, une soixantaine d’écrivains réunis à Strasbourg (France) à l’initiative du Carrefour des Littératures, lancent un appel afin de créer une structure internationale capable d’organiser une solidarité concrète avec les écrivains victimes de persécutions. L’association, dont le bureau exécutif compte Adonis, Breyten Breytenbach, Jacques Derrida, José Saramago, va se donner pour tâche de contribuer à créer de nouveaux espaces de liberté et d’échange. Successivement présidé par Salman Rushdie (1994-1997), puis par Woyle Soyinka (1997-2000) et enfin par Russell Banks (2000-2003), le Parlement international des écrivains va rapidement mettre en place un réseau de villes-refuges tout en engageant des enquêtes et des recherches sur les nouvelles formes de censure. En 2003, le Parlement s’efface au profit du Réseau international des Villes-Refuges.
Pour de nombreux écrivains à travers le monde, écrire s’avère être une activité qui peut les conduire en prison, leur attirer des menaces et parfois entraîner la mort. Entre janvier et juin 2006, selon le Comité des écrivains en prison du PEN International (WIPC), 142 écrivains dans le monde ont été emprisonnés, 33 ont reçu des menaces de mort tandis que 19 neuf étaient assassinés.
Dans ces circonstances, l’offre d’un refuge temporaire sûr à l’étranger peut représenter une bouée de sauvetage pour des auteurs persécutés pour leurs idées, leurs opinions, leurs œuvres.
Aujourd’hui, un ensemble de villes dans le monde s’est regroupé pour constituer un réseau : l’International Cities of Refuge Network (ICORN) comprend 17 villes dont Barcelone, Edimbourg, Stockholm, Frankfurt (*).
Un secrétariat installé dans la ville de Stavenger, en Norvège, coordonne le réseau, met les écrivains en contact avec les villes d’asile et leur assure une plate-forme pour faire connaître leur travail et partager leur vécu avec d’autres écrivains et avec le public.
Sont admis au programme des écrivains menacés par suite de leur travail. Il peut s’agir de romanciers, d’auteurs de littérature non romanesque, de dramaturges, de poètes, de traducteurs etc. Le secrétariat de l’ICORN évalue les candidatures d’écrivains de partout dans le monde qui demandent à devenir « écrivain en résidence » dans l’une des villes-refuges. Une fois la candidature retenue, l’écrivain est mis en contact avec une ville-refuge où la structure locale organise son hébergement, l’aide financière, les traductions et les autres formes de soutien.
Au moment où je me suis installé à Montevideo, je me suis rendu compte qu’il n’existait, sur le continent sud-américain, qu’une seule Ciudad Refugio, à Mexico.
Je suis convaincu que la ville de Montevideo, par son passé, sa tradition de résistance et de dignité, doit entrer dans le réseau des Villes Refuges du monde. Je me donne pour tâche de mener à bien ce projet.
J’élabore le projet Montevideo Ciudad Refugio en liaison directe avec Philippe Olé-Laprune. Directeur de la Casa Refugio Citlaltépetl de Mexico (*),Philippe Olé-Laprune est, depuis le 13 mai 2008, membre du « Advisory Group » d’ICORN et chargé du développement du réseau des Casas Refugio en Amérique latine. ICORN est d’ores et déjà au courant du projet Montevideo Ciudad Refugio et devrait contribuer à sa réalisation. Je souhaite intéresser tout partenaire potentiel afin de mettre en place, à Montevideo, une Maison Refuge où seraient accueillis des auteurs en danger et où, parallèlement, pourraient s’organiser des lectures publiques, des conférences, des ateliers d’écriture, en somme une maison de la littérature.
Eric SARNER
eric.sarner@yahoo.fr
(*) www.icorn.org (*) www.casarefugio.com